Mark WILLIAMS

 


Sud-Africain, né le 11/06/1966, 2 années au RWDM, saisons 1994-1995, 67 matches (61 en D1, 6 en CB), 19 buts (17 en D1, 2 en CB).

 

C'est au Cap (Cape Town) en Afrique du Sud que le jeune Mark Williams vit le jour en 1966 au milieu de ses 6 frères et soeurs. Bâtie au pied de la Montagne de Sable à la pointe Sud-Ouest de l'Afrique, la ville du Cap a toujours été considérée comme la cité-mère de l'Afrique du Sud, bien qu'elle n'en est que la capitale parlementaire (tandis que la capitale officielle Pretoria s'assure l'administratif et Bloemfontein le judiciaire). Tout comme la moitié de sa population qui bénéficie d'un climat de type méditerranéen, Mark Williams est un métis qui pratique l'Afrikaans comme langue maternelle, ce qui lui permettra bien plus tard de comprendre facilement la langue de Vondel en nos contrées. Il fut très vite confronté à la dure réalité de l'apartheid, habitant dans une zone réservée aux métis et située entre deux beaux quartiers résidentiels pour Blancs. D'aussi loin qu'il se souvienne, il fréquenta conjointement et indifféremment les gosses des deux ethnies, mais se fit parfois rappeler à l'ordre par des policiers parce qu'il fréquentait les Blancs de trop près, alors que lui vivait en parfaite symbiose… mais l'abolition de la ségrégation raciale arrivait à grands pas ! Le jeune Mark avouait un tel penchant pour les sucreries que ses incisives et ses canines se gâtèrent, laissant alors un trou de 4 dents dans sa bouche, lui conférant un sourire aussi particulier que personnel. Qui ne se souvient pas de ce sourire si spécial lorsqu'il trouvait le chemin des filets ?


A l'instar de la majorité des jeunes apprentis footeux Africains, Mark s'essaya tous les jours dans la rue, nu-pieds, ses parents étant loin d'être aisés. Il n'obtint finalement ses premières chaussures de foot que vers l'âge de 15 ans, lorsqu'un de ses instituteurs lui en fit cadeau à la condition qu'il rallie les catégories d'âge du club de Clarewood, véritable vivier fournisseur de joueurs noirs pour l'Amateur Federation (dirigée par les Blacks). Entre-temps, Mark avait abandonné sa scolarité et se trouva donc sans emploi durant un certain laps de temps. Mark se fit bien vite remarquer grâce à ses grandes qualités de finisseurs et attira donc les regards des Lightbodies (toujours en Amateur Federation, regroupant les équipes noires) qui, en plus de lui fournir un entourage moins amateur, lui procurèrent également un boulot dans un magasin de sport. Après seulement une année chez les Lightbodies, un cruel dilemme se présenta à Mark : via le manager Burns, il reçut une offre concrète d'un des plus grands clubs pros du pays, le Hellenic Cap FC qui prestait dans la National Soccer League (dirigée par les Blancs), mais se retrouva alors assis entre deux chaises. En effet, ce club était alors dirigé exclusivement par des Blancs et chaque black qui y signait était alors considéré comme un déserteur et un renégat aux yeux de son ethnie. Mark réfléchit longuement, mais ayant entre-temps perdu son père, il pouvait alors tripler son salaire et donc subvenir sans problème aux besoins de sa mère et de ses 6 frères et sœurs. En 1985, à 19 ans, il se lia donc avec l'Hellenic et perdit de fait tous ses anciens amis qui ne lui pardonnèrent pas cette haute trahison. Les deux fédérations amateurs et pros ne fusionnèrent finalement qu'en 1990 lorsque le climat social se fut apaisé. Après 4 fructueuses saisons avec l'Hellenic, Mark tenta le pari de rallier les clubs plus huppés de Johannesbourg en 1989 : il passa 6 mois au Jomo Cosmos et 6 autres mois aux Mamelodi Sundowns. Sa valeur marchande avait alors flambé et ces deux clubs ne purent apurer les exigences financières d'Hellenic que Mark réintégra donc en 1990. Chaque saison, Mark inscrivit entre 15 et 20 buts, devenant même le joueur de l'année et meilleur buteur de la compétition en 1992. Le compteur de Mark en Afrique du Sud se bloquera finalement à 99 roses avant qu'il ne se décide à tenter l'aventure hors frontières. Compte tenu de ses états de service en championnat, la Fédération n'eut d'autre ressource que de le sélectionner à 9 reprises en équipe représentative (les célèbres Bafana Bafana), mais étant le seul représentant du Cap (les autres provenaient alors des clubs de Johannesbourg), il y fut fréquemment boycotté et même aligné au poste inédit de milieu droit ! Toutefois, il eut l'immense honneur de participer le 9 juillet 1992 au premier match international d'après-apartheid contre le Cameroun.


C'est donc à la veille des premières élections multiraciales abolissant les clivages au pays que Mark Williams s'embarqua pour la Belgique afin de prouver sa valeur extra muros. Mark débarqua donc durant l'été 1993 en plein stage du RWDM qui se trouvait alors à Bordeaux. De suite, il ne se sentit pas désiré par l'entraîneur Freddy Smets qui lui aurait préféré un déménageur des 16 mètres. Sans l'insistance de notre manager général Henri Mabille, sans doute n'aurait-il jamais défait ses valises chez nous ? Smets l'appréciait tellement peu qu'il lui déclara le 21 juillet avant un match amical contre l'Olympic qu'il s'agirait là de son ultime chance de décrocher un contrat chez nous. Mark s'empressa donc de faire sa tournée d'adieu auprès de ses éphémères équipiers en leur souhaitant bonne chance pour le futur, lorsque Stephen Keshi lui ordonna de se lâcher et de jouer comme s'il était encore au pays, tant et si bien qu'il inscrivit deux buts contre les banlieusards Carolos, se rendant du coup indispensable. S'il loupa bien le premier match de ce championnat 1994, il prit ensuite part à 32 rencontres sur 33. Il fit donc ses grands débuts lors de la seconde journée du 14 août 1993 contre Charleroi (défaite 2-4) mais dut longuement patienter avant d'enfin trouver le chemin des filets adverses. Lors de ce premier tour, il ne scora finalement qu'à deux reprises, mais ses réalisations furent à chaque fois synonymes de victoire : il inscrivit le seul but du dixième match contre Waregem (1-0 le 2 octobre) et le second but victorieux contre Ostende (2-1 le 20 novembre). Son imprécision chronique en zone de finition et son manque de puissance physique en firent longuement un transfert raté. Si le championnat Sud-Africain se caractérisait bien par une technique au-dessus de la moyenne, la récupération et le travail défensif lui étaient alors totalement étrangers, vu qu'à Hellenic il jouait seul en pointe et que sa seule et unique mission se bornait à scorer. Il dut donc s'acclimater et mit quelques mois à apprendre les ficelles du foot européen. Son éclosion définitive se déroula à la sortie de l'hiver, lors du second tour à partir duquel il se transcenda littéralement. Il sembla métamorphosé : rapide, incisif, combattant et collectif. Il trouvera ainsi 7 fois l'ouverture : à Charleroi (il nous donne l'avance 1-2 mais nous serons battus 3-2), au Lierse (il marque le premier but du 1-1), contre Gand (il assoit notre victoire en fin de match 2-0), à Waregem (il égalise avant qu'on ne gagne 1-2), à Ostende (il égalise à l'ultime seconde dans une incommensurable allégresse générale, suite à la chaleur torride et une journée fort arrosée pour les Bxl Boys pendus aux grillages), à Malines et au Club de Bruges (il sauve notre honneur lors de lourdes défaites par 3-1 et 5-1). Mark Williams avait également participé à notre fabuleuse épopée en Coupe de Belgique vu qu'il avait marqué le seul but de la rencontre en 16ème de finale contre le CS Bruges et inscrit son penalty contre Ostende en 8ème. Sa cote avait grimpé en flèche et l'Antwerp, Malines et Charleroi tentèrent de transférer notre Sud-Af, mais le RWDM ne céda pas devant ces sommes jugées insuffisantes. Outre ses qualités footballistiques, Mark apporta également sourire et joie de vivre au RWDM ; sa bonne humeur permanente était un régal pour les supporters après les matches dans cette ambiance autant calfeutrée que coincée des business seats. Qui ne se souvient pas notamment de son mignon petit bout Gino qui se déhanchait à la Michaël Jackson dès qu'il entendait de la musique ?


Sa saison 1995 lui permit à nouveau d'engranger 29 matches de D1 et de réaliser 8 buts, contre le Club de Bruges (il ouvrit le score lors du match inaugural du 20 août 1994 de sa célèbre pichenette qu'il tentait en vain depuis si longtemps, 1-1), à Liège (il fit 0-2 avant que nous ne concédions le 2-2), contre Alost (il égalisa avant de rendre les armes à 1-2) et au Club (il sauva l'honneur, 3-1). Ensuite, il réalisa deux doublés contre des équipes Principautaires : il inscrivit deux buts dans les 9 premières minutes d'un match qui avait été reporté au Pairay de Seraing (score final, 1-2 le 1er février 1995) et atomisa le FC Liège (4-0 le 25 février 1995). Il disputa finalement son dernier match sous notre vareuse lors du match de clôture le 20 mai 1995 avec une victoire in extremis 1-0 contre Seraing (encore)… ce match fut également la dernière joute officielle de notre légendaire Patrick Thairet.


Mark Williams réalisa alors son rêve en rejoignant le championnat anglais. Il se lia avec les Wolverhampton Wanderers en Division One (= League 2) où il ne brilla pas de mille feux puisqu'il ne disputa que 12 joutes sans jamais trouver l'ouverture. Il n'était donc nullement épuisé quand il rejoignit les Bafana Bafana pour la phase finale de la 20ème CAN (Coupe d'Afrique des Nations) en janvier 1996. Cette CAN aurait initialement dû se disputer au Kenya qui dut finalement se désister au profit de… l'Afrique du Sud ! Ce fut donc un retour au pays pour Mark Williams, et quel retour triomphal puisqu'il allait marquer à pas moins de 5 reprises, devenant meilleur buteur de la compétition en compagnie de Kalusha (ex-CS Bruges) ! Dans les poules du Groupe A, il inscrivit son premier but le 13 janvier contre le Cameroun (3-0 score final) et récidiva en donnant la victoire contre l'Angola (1-0), devenant le héros du FNB Stadium de Johannesbourg. Lors de la demi-finale du 31 janvier contre le Ghana, il trouva à nouveau l'ouverture (3-0) et s'inscrivit en tant que héros national lors de la finale du 3 février 1996 devant pas moins de 80000 spectateurs. L'entraîneur Clive Barker le maintint sur le banc jusqu'à la 65ème alors que cette finale contre la Tunisie affichait encore un score de parité vierge. Il doubla alors Phil Masinga et ne patienta que 6 petites minutes (73ème) avant de délivrer tout un peuple ! Mieux : il récidiva 2 minutes plus tard et donna au score son allure définitive (2-0) ! Imaginez-vous : un gars qui jouait encore 7 mois auparavant au Machtens prenant les deux buts d'une finale de la CAN à son compte ! Mark Williams devint un héros national pour 39 millions d'habitants qui n'avaient plus jamais ressenti une aussi grande allégresse depuis la libération de Mandela (qui bien entendu participait également au sacre depuis les tribunes). Mark Williams totalisera finalement 23 sélections chez les Bafana Bafana entre 1992 et 1997, prenant 9 buts à son actif.


Indésirable à Wolverhampton, Mark Williams s'était entre-temps lié avec les Kaizer Chiefs d'Afrique du Sud pour la saison 1996-1997, mais il exploita son nouveau statut de héros national et de goal-getter pour s'exiler, à 31 ans bien sonnés, vers le rémunérateur championnat Chinois où il demeurera finalement encore 6 ans. Il presta la saison 1997 au sein du Guangdong Hongyuan (20 matches, 3 buts), la 1998 au Ojanwei Huandao (13 matches, 6 buts), les 1999 et 2000 au Chongging Longxin (47 matches, 30 buts), la 2001 au Shangai Zhongyuan Huili (20 matches, 19 buts) et enfin la 2002 avec le Qingdao Hademen et son impressionnant Tiantai Stadium (14 matches, 1 but).


A 36 ans, Mark revint 6 mois au pays et se lia avec les Moroka Swallows de Johannesbourg avec lesquels il ne joua que 8 matches assortis de 2 buts, car il reprit ensuite son bâton de pèlerin et s'embarqua à nouveau pour une dernière pige en 2003 dans le championnat de Premier Two (= League 2) du championnat… de Malaysie, et plus précisément au DPMM FC. Après avoir remisé ses crampons au clou, nous pensions ne plus jamais entendre parler footballistiquement de Mark Williams mais c'était sans pressentir son énorme passion pour le ballon rond, puisque depuis décembre 2006 (à 40 ans bien révolus), il joue pour son équipe nationale de Beach Soccer… mais quand s'arrêtera-t-il donc ?

 

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