Pierre CROMBEZ

 

Belge, né à Tournai le 22/08/1944.
7 années au Racing White (saisons 1967-1973), 220 matches (193 en D1, 25 en CB et 2 en CE), 22 buts (16 en D1 et 6 en CB).
1 année au RWDM (saison 1974), 27 matches (21 en D1, 2 en CB et 4 en CE), 0 but.

 

Tantôt gallo-romaine, puis tour à tour franque, française et même hollandaise avant d'être intégrée en 1830 dans la Belgique indépendante, ce chef-lieu d'arrondissement traversé par l'Escaut et au prestigieux passé (qui la vit notamment être un des centres urbains les plus prestigieux du Comté de Flandre dès le Moyen-Age) connut également la naissance d'un futur grand footballeur à la fin de l'été 1944. C'est en effet au sein de la capitale picarde wallonne et sous l'occupation allemande que Pierre Crombez vit le jour à Tournai.

Fils d'un greffier au tribunal contaminé par le virus footballistique et d'une mère au foyer tout naturellement protectrice qui craignait de le voir ramasser des coups, Pierrot tâta très vite du ballon avec ses camarades de quartier et d'école. Il dut toutefois patienter jusqu'à sa onzième année avant que sa mère ne cède et ne l'autorise à s'affilier à son premier club sur l'insistance providentielle de son prof de 5ème primaire, par ailleurs délégué du club catholique de la ville, le Racing Club de Tournai (qui fusionnera quelques décennies plus tard avec l'Union Sportive de Tournai pour créer le Football Club de Tournai que nous connaissons de nos jours). Il y chaussa ses premiers crampons et accomplit toutes ses classes sous les yeux de son plus grand et acharné supporter, son père, fier comme un paon mais manquant parfois de la moindre once d'objectivité ! Travailleur infatigable de l'entrejeu, fin technicien porté vers l'offensive, Pierre Crombez devint bien vite le fournisseur de passes décisives, le relais indispensable de son équipe entre la défense et l'attaque.

C'est à 17 ans qu'il intégra le noyau A du RC Tournai qui militait alors en D2. Il disputa même les dernières joutes de la saison qui vit hélas son club rétrograder en D3. Tout en menant à bien ses études d'enseignant, il presta 4 saisons de D3 sans coup férir. Vint alors l'heure d'accomplir son devoir militaire qui allait finalement modifier sa vie de footballeur du tout au tout. En effet, caserné en tant que sous-officier administratif à Malines, il se mit en quête d'un club moins distant que Tournai afin de continuer à assouvir sa passion sportive.

Quelle ne fut toutefois pas sa surprise (il n'en revient d'ailleurs toujours pas actuellement) de constater qu'un club du subtop de la D1 s'intéressait à lui, le Racing White (issu de la fusion 4 ans plus tôt entre le Racing Club de Bruxelles et le White Star Athletic Club). Si son père avait toujours cru en lui, Pierrot, lui, se voyait plutôt comme un amateur doutant éternellement de ses réelles capacités. C'est donc en juin 1966 qu'il rejoignit le Stade Fallon et sua sang et eau sous le joug d'un préparateur physique Roumain qui les fit courir affublés d'énormes sacs de sable. A sa plus grande surprise, il ne mit que quelques semaines pour percer au sein de notre élite footballistique et devenir un pion indispensable de son équipe. Pierrot profita heureusement des largesses de son corps d'armée qui, alors qu'il était déplacé pour six mois en Allemagne, lui procura chaque week-end des permissions spéciales pour qu'il puisse prester ses rencontres de D1… sans même avoir pris part à un quelconque entraînement spécifique durant la semaine. Il fut également et très logiquement sélectionné en équipe nationale militaire avec laquelle il remporta tous les tournois préliminaires qui auraient dû les voir qualifiés pour la finale en Irak en juin 1967, mais cette compétition fut hélas annulée à la dernière minute à cause de la guerre des 6 jours.

Très vite, il se sentit comme un poisson dans l'eau au sein de cette familiale et " zwanzesque " ambiance, notamment avec un Willy Tuyaerts qui ne fut jamais le dernier pour créer l'hilarité dans le groupe. S'il côtoya énormément de grandes pointures de notre football durant ses 7 années au Racing White, il tomba littéralement en admiration sportive devant trois de ses collègues : Jean Dockx (sans aucun doute le plus complet de sa génération, le premier " box to box " bien avant l'heure), Henri Depireux (le plus fin technicien) et Maurice Martens (le premier prototype de l'arrière-aile moderne qui allait faire bien des émules en Europe). S'il adorait discuter de tout et de rien avec d'intelligents et pertinents collègues comme les Dockx, Neefs, Waseige, Tuyaerts et autre Martens, il garda plutôt un avis très mitigé sur un Bjerre qui faisait montre d'une arrogance voire d'une agressivité malsaine envers les réservistes du club.

Pierrot Crombez fit bien vite figure d'atypique dans ce monde footeux qui se professionnalisait de plus en plus. Il adorait le jeu pour le jeu, mais ne s'intéressait nullement à tout ce qui gravitait autour du match, à l'environnement sportif et même aux célèbres troisièmes mi-temps. Il faut dire que pendant que ses collègues se targuaient d'un statut de pro, lui officiait depuis 1965 pour l'Education Nationale (rebaptisée Communauté Française bien plus tard). Ainsi durant ses 8 années au club (7 au RW et 1 au RWDM), il enseigna conjointement le français et l'histoire au département artistique de l'Institut St Luc de Tournai. Ne supportant pas les lentilles de contact, il fut également, avec Jef Jurion (Anderlecht), le seul footballeur de D1 à jouer affublé d'une paire de lunettes (qu'il abîma fréquemment). La combinaison de ces différentes caractéristiques et d'une finesse d'esprit rare dans ce microcosme (le cliché traditionnel voulant qu'un footballeur n'ait rien d'un savant) lui conféra également un intérêt de la part des médias qui ne fondit pas au fil des ans. Ainsi, on le vit ou entendit souvent interviewé sur nos ondes nationales.

Dès la seconde saison (1968), il devint un titulaire indiscutable de son nouvel entraîneur Jef Vliers, quelque peu égocentrique tout en demeurant foncièrement humain. Il disputa ainsi 29 des 30 rencontres de championnat tout en trouvant le chemin des filets à 5 reprises, ainsi que les 3 joutes de Coupe de Belgique. En 1969, il ajouta encore 28 capes et 2 buts en D1 à son compteur, et disputa même les 15 dernières minutes (il remplaça Vercammen) de la finale de la Coupe de Belgique perdue 2-0 contre le Lierse devant 50000 spectateurs (après avoir éliminé successivement le Willebroekse vv, le Boom fc, Berchem, l'Antwerp et Waterschei).

Après avoir oscillé entre la 11ème et la 13ème place durant les trois premières années de Pierrot au Fallon, le Racing White décida de franchir un palier dans la hiérarchie et engagea l'entraîneur Félix Week à l'aube de la saison 1970. Bien que le courant passa moins avec le caractère bourru et intransigeant d'un Week qui voulut tout professionnaliser, l'éternel amateur qu'était le professeur Crombez demeura le métronome indiscutable et indéboulonnable de l'entrejeu Woluwéen jusqu'à la fusion avec le Royal Daring Club de Molenbeek en juin 1973. Ils progressèrent pas à pas au classement en terminant 8ème en 1970, 5ème en 1971 et même 4ème au pied du podium en 1972 tandis que Pierrot ne loupa en moyenne qu'un seul match par saison. L'année 1973 allait devenir celle de la confirmation pour le Racing White qui se classa 3ème à un tout petit point du Standard qui hélas les bouta également hors de la Coupe (0-1) en demi-finale. Durant cette campagne, l'irremplaçable Pierrot Crombez réalisa même le grand chelem puisqu'il presta l'intégralité des 37 rencontres officielles (30 en championnat, 5 en Coupe de Belgique et les 2 de Coupe d'Europe contre les Portugais du CUF Barreiro) tout en inscrivant le 15/10/1972 son dernier but sous nos couleurs (il déflora le score contre le Standard, score final 1-1).

Le paysage du football Bruxellois se métamorphosa en juin 1973 lorsque le Racing White et le Royal Dacing Club de Molenbeek passèrent devant le maire pour convoler en justes noces et former le RWDM. L'un apportait ses infrastructures et un public fidèle tandis que l'autre déposait dans la corbeille une équipe extraordinaire et une nouvelle qualification européenne. Les deux noyaux furent logiquement dégraissés pour ne plus en former qu'un seul et l'infatigable Pierre Crombez fit tout naturellement partie de la grande aventure. Il presta ainsi le match inaugural de gala contre le Real Madrid au Stade Edmond Machtens de Molenbeek (le 22/8/73, défaite 1-2), mais aussi toute l'intégralité du premier tour de championnat (dont le premier match au Klokke de Bruges le 2/9/73, score 0-0). L'entourage du club se professionnalisa tant et plus, demandant à ses joueurs pros de grands sacrifices comme des mises au vert incessantes et autres séjours d'une semaine de stage mer ou montagne. Toujours actif dans l'enseignement, Pierre ne put prendre plus de congés et donc afficher une plus grande disponibilité. Après 8 ans au plus haut niveau où il avait, sans jamais rechigner à la tâche ni se plaindre, mouillé son maillot aux côtés de collègues " privilégiés " par leur statut professionnel, il décida donc de tourner définitivement la page de la D1 à la fin de la saison 1974. Il disputa en fait 27 rencontres officielles pour le RWDM (21 en D1, 2 en Coupe de Belgique et les 4 joutes de Coupe d'Europe contre l'Espanol de Barcelone et le Vitoria Setubal). Son dernier match sous nos couleurs eut lieu le 31/3/1974 lors de la 26ème rencontre au CS Bruges (3-2) où il doubla Shouppe à la pause. Il ne prit plus part aux quatre derniers matches de cette saison qui nous vit terminer 3ème à seulement deux pauvres et petites unités du voisin Anderlechtois… que nous allions surclasser l'année suivante, mais ça c'est déjà une toute autre histoire.

Pierre Crombez nous quitta donc après huit années de bons et loyaux services en même temps que quelques autres " vieux " serviteurs du club fusionné comme notamment les Bergholtz, Garot, Depireux, Vercammen et autre Willy Tuyaerts.
Un trait définitif tiré sur la D1, Pierre Crombez annonça alors qu'il était disposé à encore évoluer 3 ans (pas un de plus) à un échelon moindre et donc arrêter sa carrière à 33 ans... et il tint promesse bien sûr ! Les offres affluèrent et Pierrot trouva bien vite refuge en juillet 1974 au milieu de la meute des Loups en D2. L'entraîneur Cornelis lui imposa des séances tellement dures physiquement que, lui qui n'avait jamais subi la moindre blessure en 8 ans de D1 (tout au plus une gêne à un genou… durant une entre-saison), souffrit d'une élongation qui lui fit louper le match inaugural. Le reste de la saison se déroula tellement bien qu'il presta toutes les autres rencontres et classa la RAAL en 3ème position, synonyme de qualification pour le tour final. La Louvière remporta évidemment ce mini-championnat (notamment grâce à un heading victorieux de Crombez) et tout le Centre fêta l'accession de son club au faîte de notre hiérarchie… sauf Pierre pour qui ce fut une catastrophe. En effet, ne voulant toujours pas connaître les exigences du professionnalisme, il décida, au grand dam de ses dirigeants, de ne pas poursuivre l'expérience Louviéroise en D1 et se dégagea des deux années de contrat qui lui restaient à accomplir.

Il signa donc un nouveau bail de 2 ans en juin 1975 avec le club d'Oudenaarde qui évoluait en D3, ce qui le rapprocha de son domicile de Tournai. Il y presta à nouveau deux saisons pleines au sein d'une division où l'engagement primait sur la technique. Son club se classa 9ème en 1976 et 3ème en 1978, et il y côtoya des dirigeants d'une correction exemplaire et très érudits en littérature française. Ces derniers tentèrent bien de le faire prolonger ensuite, mais Pierre avait bel et bien décidé de stopper le foot à 33 ans et il ne revint pas sur sa décision. Le chapitre de sa carrière footballistique était bel et bien clos, le plus Bruxellois des Tournaisiens allait enfin pouvoir se consacrer à plein temps à ses élèves et à sa famille.

S'il est toujours considéré avec fierté comme un enfant prodige de la cité épiscopale aux 5 clochers qui se targue à raison d'être la commune la plus étendue en superficie du Royaume, ce bon-papa gâteau le lui rendit bien en demeurant toujours viscéralement ancré à sa bonne vieille ville de Tournai où il coule de bucoliques journées de retraité auprès de sa femme Marina.

Un journaliste résuma très finement le parcours footballistique que vécut Pierre Crombez en lui dédicaçant son livre " Au plus grand amateur de D1, mais pas le moins talentueux "… tout est dit !

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Maillot offert par Georges Pottier.