EXCELSIOR VIRTON (D2) - RWDM (D4)
1 - 0

Sa 15/08/2015 / EXCELSIOR VIRTON (D2) - RWDM (D4) 1-0 (Croky Cup, 32ème de finale).

Kempeneer, Rivituso, De Troetsel, Zahui, Bossio, Haidara (36' El Ouahidi), Makengo, Gaouchi, Vanderhaegen, M'Bo (68' Witpas), Diansangu.

CJ : Zahui, De Troetsel. / Arbitre : Dams. / Capt : De Troetsel. / Assistance : 1000 / Eliminé.

81' Knis (1-0).

Nous sommes dans la nuit du samedi 15 au dimanche 16 août 2015. Je sursaute dans mon sommeil. Makengo, excentré, glisse le ballon dans le but vide, alors qu'on est dans les arrêts de jeu. Notre tribune explose : nous venons d'arracher in extremis des prolongations mille fois méritées. Malheureusement, je me réveille. C'est un rêve, un songe d'une nuit d'été. Enfin, pourquoi écrire malheureusement ? A-t-on vraiment perdu ce samedi soir dans l'extrême sud de notre pays ? Pas du tout. Hormis une qualification qui aurait fait figure d'exploit, nous avons tout gagné de ce déplacement au Faubourg d'Arival, à Virton, à 207 kilomètres de notre base molenbeekoise. Tout avait commencé avant 16 heures, au Nouveau Daring. Une centaine de supporters s'y était donné rendez-vous pour prendre place dans un des deux bus bien moins scolaires qu'avant, affrétés pour les grands adultes que nous sommes désormais. Le tout, accompagné d'une équipe de la RTBF, venue voir sur place ce que sont ces supporters, qui, après 13 années d'une patience folle, soutiennent bec et ongle leur club renaissant en savourant chaque moment et en n'ayant pas peur de bouffer des kilomètres sous la pluie pour se rendre au fin fond de la Belgique. Parce que Virton, c'est loin. Ca ferait presque passer Lommel pour une ville de notre banlieue. Le temps d'embarquer la joyeuse cohorte vêtue de rouge, de noir et de blanc, ainsi que le liquide jaune qui allait nous servir de carburant et nous étions partis pour la Gaume. Pour ce deuxième déplacement de l'année en car, le plaisir fut encore de constater le retour de supporters qui peuplaient le mythique car scolaire de la fin des années 1990. Cela dit, la différence avec l'époque est frappante. Le voyage est plus calme. Il n'y a plus de musique et ça ne fume plus dans le car ! Différence agréable également : on arrive désormais avant le début du match, malgré des arrêts à Rosières (pour embarquer les supporters qui ont suffisamment réussi dans la vie que pour s'exiler dans le BW ou dans le Brabant flamand) et à Wanlin pour un arrosage collectif des buissons de la station-service locale. On n'a même plus besoin de Speedy ou d'un autre supporter pour expliquer la route au chauffeur. Notons d'ailleurs, et c'est peut-être la meilleure garantie pour arriver à temps au stade (du moins s'il boit moins que les autres, bien sûr), que l'homme derrière le volant n'est autre qu'un supporter du club.

A notre arrivée au Stade Yvan Georges, les guichets visiteurs sont pris d'assaut. Entre 400 et 600 supporters (selon les journaux de ce lundi) se pressent pour obtenir leur sésame pour assister à ce quatrième tour de la coupe de Belgique. À l'heure où cette compétition souffre d'un manque de popularité et accorde des passe-droits aux clubs de l'élite, à Molenbeek, où on ne fait jamais rien comme ailleurs, la magie de la Coupe existe encore et on espère encore créer un exploit pour jouer le cinquième tour contre Bocholt ou Sint-Gillis-Waas (le dernier tour avant l'entrée en lice des clubs de D1 et la perspective de jouer contre un grand club, voire contre Anderlecht). L'accueil des locaux est assez sympa. Afin de nous préserver d'un embonpoint qui nous guette, le club gaumais n'a rien trouvé de mieux que de mettre un mauve comme préposé aux boudins et autres hamburgers, pour nous faire passer notre chemin et rester light. Excellente tentative, mais après trois bonnes heures de car, il en faut plus pour nous couper l'appétit qu'un homme vêtu d'un tee-shirt de cette hideuse couleur et porteur d'un gros tatouage mentionnant quatre lettres d'un club qui, d'après ce qu'on m'a dit, serait celui situé de l'autre côté de la chaussée de Ninove. La (longue) attente de nos collations fut bien sûr rythmée par quelques échanges verbaux au doux parfum de zwanze. Passée l'entrée du stade, à côté de la buvette, nous attendait une très sympathique affiche nous souhaitant une bonne saison. Pour les remercier, notre comportement fut l'inverse de ce qu'il sera probablement samedi prochain. Point de boycott de la buvette, que du contraire : la Diekirch coula à flots. A notre entrée dans la tribune, waouw, quelle belle surprise : un bloc visiteurs magnifiquement bien garni ! Que de supporters molenbeekois ! Quand on se souvient de matches du RWDM originel qui se disputaient loin un samedi soir pluvieux, il n'y avait pas autant de gens les dernières années. Tous ceux qui ont un cœur rouge, noir et blanc semblent se remobiliser aujourd'hui pour ce club qu'on a aimé et qui nous a tant manqué pendant treize ans. On ne remerciera jamais assez ceux qui ont cru en ce projet et qui l'ont porté (et le portent toujours) contre vents et marées. Et comment ne pas remercier ceux qui nous ont mis des bâtons dans les roues et glissé une quantité incroyable de peaux de bananes sous nos pas ? Tous ces obstacles nous ont plus soudés qu'autre chose et ont rendu notre combat pour faire revivre notre club mythique plus sympathique et plus attachant encore auprès de bon nombre d'observateurs (politiques, journalistes ou encore adversaires). Ils nous ont fait la meilleure publicité qu'on pouvait espérer pour voir notre retour médiatisé. Quant à notre comportement qui a suivi, il fut à la hauteur de notre passion : il fut extraordinaire. Je m'excuse d'ailleurs de la probable froideur de ma plume, mais notre ferveur m'est impossible à reproduire fidèlement à l'écrit. Pendant nonante minutes, nous fûmes plus que des supporters, nous portâmes nos joueurs vers l'exploit. À l'heure où Proximus donne l'illusion au spectateur de foot de canapé d'être un treizième homme, nous avons montré ce qu'est un vrai supporter de foot. Nous en avons donné plein la vue et plein l'ouïe à nos onze joueurs, mais aussi à nos adversaires. C'est bien simple, pendant la rencontre, on ne remarqua pas la différence de deux niveaux qui séparent nos joueurs à ceux de Virton.

Pourtant, tout commença dans la crainte pour nos joueurs avec, dès la première minute, une remise catastrophique de Haidara en arrière, qui n'eût aucune conséquence. Ce fut le seul moment où nous craignîmes de sortir du stade avec une rammeling digne de celle que nous avions infligée à nos hôtes du jour en 1999 (un 6-0 avec un quintuplé de Buelinckx). Pour le reste, Virton prit les commandes et tenta de déflorer la marque pendant tout le premier quart d'heure, mais à chaque tentative, ils trouvèrent un Cédric De Troetsel monstrueux sur leur chemin. Le temps que ses équipiers n'entrent dans le match, notre capitaine fit parler son expérience pour montrer l'exemple. Seul un tir nous inquiéta très légèrement après onze minutes. Pour le reste, la domination gaumaise resta stérile. A chaque tentative, un pied, un genou, une tête repoussa les velléités offensives luxembourgeoises. Malgré les absences pénalisantes de Michel, De Pever, Serville, Nollevaux ou encore de Chirishungu, on vit onze hommes se battre les uns pour les autres avec un cœur énorme pour empêcher Virton de marquer. A dix minutes de la pause, l'excellente organisation mise en place par Danny Ost fut contrariée par une blessure de Haidara, mais El Ouhaidi monta au jeu et entra directement dans le match, sans offrir de période de flottement à nos adversaires. De Troetsel fut encore averti par l'arbitre quelques minutes plus tard. On craignit des conséquences fâcheuses pour la suite du match, vu l'importance de notre clé de voûte défensive, mais il n'en sera rien. La première mi-temps se termina par une dernière escarmouche locale consécutive à une faute inexistante (à mes yeux), mais un pied dégagea le cuir avant que l'attaquant virtonais ne se retrouve seul face à un Kempeneer finalement peu inquiété.

A la reprise, la domination resta locale. Cela dit, nos joueurs, probablement attirés par notre kop bouillantissime, s'approchèrent de plus en plus (mais de manière sporadique) de la cage du portier gaumais. Un mouvement Makengo-M'Bo fut annihilé par la défense locale qui dégagea le ballon en corner. Clameur dans nos rangs : et si on créait l'exploit ? Le temps de rêver et le corner ne donna rien. Rien de grave à cela. Que du contraire même, les décibels repartirent à la hausse, sous les Molenbeek Brussels Army et autres hymnes à la gloire de notre club. Le ballon poursuivit sa visite de notre partie de terrain, sans pour autant trop inquiéter notre gardien. Virton tenta sa chance plusieurs fois, mais le ballon passa la plupart du temps à côté ou au-dessus de notre cage. Le principal danger vint finalement, à l'entame du dernier quart d'heure, de nos pieds lorsque Vanderhaegen envoya une passe en retrait d'une volée lointaine, vers Kempeneer, qui négocia ce ballon avec un calme exemplaire. Cette phase de jeu peut sembler anodine, mais elle illustra, à mes yeux, la sérénité régnante et la confiance que se font nos joueurs. Dans les minutes qui suivirent, Virton intensifia sa domination et le nommé Knis parvint à tromper Kempeneer d'une frappe au premier poteau. Quelle douche froide ! Alors que nous commencions à rêver de jouer une demi-heure de plus et de forcer les prolongations, ce but contrecarra nos plans. Cela dit, on intensifia notre soutien à nos joueurs et la fête se poursuivit dans nos rangs. On porta tant et plus nos joueurs vers l'avant. Avec leur rage, ces derniers se créèrent deux corners qui, malheureusement, ne donnèrent rien. A trois minutes du terme, Kempeneer dut s'employer en un contre un pour nous préserver dans le match. Dans les arrêts de jeu, un ballon aérien passa devant le but local et surmonta le gardien local à destination de Makengo, excentré, qui n'avait plus qu'à pousser le cuir au fond, mais surpris et probablement fatigué par son match très plein, il l'envoya à côté… On venait de laisser passer la voie vers les prolongations. Dans la foulée, l'arbitre siffla la fin du match.

Le sentiment qui nous habita fut bien vite contrasté entre une fierté de la mentalité courageuse et combative de nos joueurs et la déception, voire la tristesse, de voir le comportement héroïque de nos joueurs pénalisé par ce but concédé si tard… Après leur bref rassemblement d'après-match au milieu du terrain, nos joueurs furent accueillis triomphalement par leurs supporters. Ils avaient été dignes de porter notre maillot, nous nous devions de les saluer. Notre ovation dura vingt minutes ! Vingt minutes de chair de poule pour moi. Une ambiance indescriptible. Les supporters virtonais ne s'y trompèrent pas, lorsqu'ils applaudirent nos joueurs à leur passage devant eux, lors de leur décrassage d'après-match. Il en alla de même de l'autre côté : les joueurs victorieux vinrent nous saluer pour l'ambiance que nous avions mis dans leur stade ; nous les félicitèrent pour leur qualification, somme toute logique. Bref, nous donnèrent une leçon de football comme nous l'aimons : combattif, fair play et respectueux de l'adversaire. Quel plaisir d'entendre cent-vingt minutes de chants dans des tribunes, uniquement pour soutenir notre équipe et pas pour insulter l'adversaire ! Finalement, nous quittâmes la tribune lorsque les stewards nous demandèrent, presque en s'excusant, d'évacuer les lieux. Pour eux, cela faisait longtemps qu'ils n'avaient pas connu une telle ambiance dans leur stade Yvan Georges. D'après eux, les Malinois du KV étaient les derniers à avoir mis le feu dans l'antre gaumaise. C'était, d'après mes recherches, en 2001… Nous n'étions pas les seuls à ressentir de la magie dans ce qui n'était après tout qu'un match de football. Les supporters virtonais croisés à la sortie du stade et même le journaliste de la RTBF nous avouèrent leur surprise devant notre ferveur, qui resta très digne et bon enfant. De sympathique et utopique, notre projet (et notre club) devient respecté et réel. C'est la plus belle des victoires. Pourtant, au moment de reprendre le car, nous fûmes escortés par la police jusque l'autoroute. En temps normal, on aurait pu croire que c'était par peur d'un débordement, mais en fait, vu notre attitude, c'était certainement une haie d'honneur envers notre public juste exemplaire ce soir d'août… à moins que ce ne soit pour nous empêcher de nous arrêter au premier bar/night shop pour veiller à notre désaltération vu la pénurie de canettes dans les frigo-box du car !

A notre arrivée sur le parking de Wanlin, pour un arrêt commandé par notre déshydratation, nous remplîmes les caisses de la boutique qui jouxte la station-service locale (ça a dû leur changer des spectateurs de foot de la semaine précédente qui ont dû repartir avec un Twix et deux camomilles). Sur le parking, nous rencontrâmes également Yacine Gahouchi. On discuta quelques minutes avec lui. On se remercia mutuellement. On lui signifia notre gratitude devant son match exemplaire (comme celui des ses équipiers), il nous dit son plaisir d'avoir joué devant un kop aussi chaud. La qualif nous était passée sous le nez, mais l'honneur était sauf. Notre petit technicien remonta dans sa voiture, comme il avait quitté la pelouse, la tête haute. Nous réembarquâmes dans notre car, à destination de Bruxelles. Avant d'arriver à 1h53, à destination de notre périple, le Ring nous fit contourner la ville, Laeken et son stade Roi Baudouin. Ce n'est toujours pas cette année que nous y jouerons, mais qu'à cela ne tienne, puisque la justice nous a donné raison et a fait parler le bon sens, nous n'aurons pas besoin d'être finalistes de cette Croky Cup (qui l'aurait espéré d'ailleurs ?) pour enfin jouer dans notre ville. Après un match qui s'annonce folklorique à Waterloo, nous devrions accueillir Ath dans notre Temple ! Et même si Virton nous prive d'un match de barrage qui aurait pu (ça commence à faire beaucoup de conditions) nous offrir un match de gala, on s'en fout, après tout, on va au foot pour le RWDM, pas pour l'adversaire, non ?

(Texte de Michaël Martorell & Photos de Michel Oosters)